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23 Oct

Sophia & Crèvecoeur

Publié par laurentgantner  - Catégories :  #MUSIQUE

Emotionnelle prestation avec Sophia

Pour la première fois de passage à Strasbourg Robin Sheppard éprend de consternation un public averti, sans larmes ni conversations, tout en écoute pour le song-writer qu’il était déjà lorsqu’il se faisait connaître sous le groupe The God Machine.

Loin d’être le modèle réduit de sa formation d’origine dont il reste deux albums hommage de ces enfants terribles américains mais néanmoins soignés qui firent de la chanson rock, sans velours ni dentelles, plus qu’un mode de comportement culturel ; ce n’est peut-être pas la machine de Dieu mais on s’en approche tant les confidences de l’âme y sont dépeintes sans tricherie, dans le plus pur style de la vie brute qui imprègne l’univers de Robin Sheppard. Quelques mèches de cheveux rebelles sur le front, coupé au raz des oreilles, entre les Nits et Tom MacRae ce modèle de romantisme porte un parterre de deux bonnes centaines de fidèles qui se laissent bercer par de graciles mélodies que ne heurtent qu’à de très rares moments des bases rocks un peu plus enlevées aux sons de «My own love» ou «Direction us» inspirée d’une vieille chanson marquée par la poignée d’années qu’il passât aux États-Unis où il connût de nombreux problèmes. Gratifiant la salle de deux rappels, le premier très rock avec «I left you» pour ne pas se gêner de nous demander «are you waiting for the end» - la fin d’un monde probablement - mais pas d’un concert puisqu’il revient pour finir seul, voix et guitare soudées à son corps, pour terminer comme il avait commencé cette intimité à son public avec le premier album Fixed water. Parfois chantant l’amitié («A friend») ou l’amour au bord des plages («The river song»), Robin Sheppard pioche sans jamais se tromper, même lorsqu’il rate une intro, au cœur de ses trois albums : Infinite Circle pour le second et People are like seasons pour le dernier. De quoi rendre un concert riche en intensité avec cet artiste qui s’est souvent produit en Allemagne et qu’aucune salle n’avait encore accueilli à Strasbourg jusqu’à présent. Voilà cet oubli échappé du ridicule et les spectateurs présents à La Laiterie dimanche dernier ne s’y sont pas trompés.

Crèvecœur invitait au voyage en première partie pour offrir des compositions qui se passent de paroles et dont le ton électrique et synthétisé en feraient presque un documentaire sonore expérimental agrémenté de vidéos qui parlent d’elles-mêmes des quatre coins de la planète. Parfois on y voit un avion qui pourrait être humanitaire mais tout aussi bien se confondre avec une carlingue militaire, un coucher de soleil sur la baie d’Hudson, des jonques qui filent paisibles au cours de l’eau...«We leave the ranch», «I’m not a number / I’m a free man», «Slow waltz with elvis» et «After the sun has died» égrainent d’une trompette en sourdine et d’un violon de charpente le carnet de voyage de ce collectif du grand Est qui échappe par ses distorsions les sentiers conventionnels des concerts scéniques et ne devrait pas tarder à se propulser vers des sommets qui en feraient un groupe de référence.

Laurent Chrétien-Gantner.

08/03/04 02:27

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