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04 Oct

Le Diable et les Dix Commandements

Publié par laurentgantner http://www.youscribe.com/cavailles3  - Catégories :  #Films

1962, Fr., N&B, 2h.

Adaptation de julien Duvivier et René Barjavel.

Dialogues : Henri Jeanson, Maurice Barjavel, Michel Audiard.

 

Prouesse.

En 1962 commencer par confronter Michel Simon à un univers de bonnes sœurs à coup de« putain de grille »« nom de dieu, de nom de dieu de nom de… » ne devait certainement pas réjouir la censure mais c’était sans compter le talent de Duvivier qui passe outre le sacrilège et l’offense innocente du vieux concierge Chambard (Michel Simon) qui vaut son pesant de sarcasmes. Pince à linge sur le cornet et sur les oreilles promettent la damnation éternelle au malheureux qui pourtant n’a nullement envie de s’en prendre à la calotte qui dénigre tout en fonction de ses bonnes mœurs qui de mœurs n’en ont de bon que l’aspect figé qu’on y découvre. Le reste n’est qu’une énorme farce dans laquelle le seul moment de gaîté de ces sœurs passe par le troublant Chambard qui se retrouve à la table d’honneur de l’Évêque qui n’est autre qu’un ami d’enfance… Alors à eux de se rappeler l’évocation du« coup du macchabée », c’est là l’inépuisable sourire de jeunesses entérinées par le poids de la croix qui remontent à la surface, « le chiendent dans le nez »« Thérèse, la petite blanchisseuse » de 12 ou 13 ans à peine et bien c’est l’Évêque qu’elle préférait ! ! ! Et comme tout échafaud distribué par les clochers aux garnements, il faudra à l’injurieux malandrin apprendre les Dix Commandements mais celui-ci redoute une mémoire trop courte pour en venir à bout…

 

Voix off

Le serpent intervenant pour expliciter la manière dont, en tant que représentant du Diable, il fait se rencontrer les personnages pour mieux les attirer dans ses pièges. Il prétend être« l’inventeur des diamants », la convoitise « d’une belle petite garce avec des idées pleines la cervelle » … « Shakespeare pour des cailloux » 

 Ensuite faire perdre la tête à une femme fidèle pour un collier de diamants serait déjà plus conventionnel au cinéma et dans les milieux habitués aux pouvoirs de l’argent et plus cinématographique est encore de faire tomber notre petit monde sur un énigmatique ticket de consigne de la gare Montparnasse…« Après la croix le fusil »

Un meurtre prémédité par la voix off qui serpente l’histoire nous ramène à l’évêché où le frère de la suicidée se livre à la piété et redoute également la damnation pour l’âme de la défunte qui de son vivant était exposée à la solitude, la drogue et la prostitution. Duvivier bien sûr ne filme pas tout cela, il en fait un contexte propice à l’affrontement des acteurs. Ici c’est Charles Aznavour dans le rôle du séminariste justicier qui se heurte à un Lino Ventura toujours en vogue dans ses rôles attribués à la pègre. C’est haletant. « Humiliez-vous dans la prière » crierait l’archidiacre que ce ne serait pas forcément un bon conseil mis à part si ces situations devaient perdurer… La voix off se vante d’avoir aussi pris la vie du séminariste devenu shérif au prix de sa vie.

 

Si le bon Dieu venait, il finirait dans un asile.

Puisque le Diable se glisse dans chacune des histoires il fallait également donner trait à Dieu. C’est Fernandel qui s’y colle en parcourant le sentiers des hautes montagnes, fermant les yeux à une vieille dame et faisant marcher un grand-père paralytique qui finalement ne l’était pas tant que ça !

Avec le fils de l’hôtellerie du bord de mer (Alain Delon) et une mère actrice qui pense conquérir amoureusement un beau jeune homme qui n’est autre que son fils c’est encore moins banal et témoigne d’autant de situations qui mettent les protagonistes en face à face direct avec la mort, le mensonge ou le vol ce qui permet au sortir des sentiers tortueux qu’empruntent la voix off de se sentir de plus en plus sûr d’elle jusqu’à transformer le guichetier d’une banque (Jean-Claude Brialy) en maître chanteur à gangster (Louis de Funes)… Sept films en un où les destinées peuvent ne pas se croiser et connaître le même sort que le Diable s’en mêle !

 

9,5 / 10

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